Le secret d’une expérience bien rédigée : reprendre les codes du storytelling

Quand on rédige une expérience, la facilité consiste à énumérer la liste des tâches que l’on a effectué — c’est d’ailleurs implicitement le principe d’un CV. Pourtant, lister ses tâches comporte de nombreux problèmes : non seulement une liste de tâches est ennuyeuse à mourir (et donc à lire), mais elle ne dit rien de vos compétences ou de vos qualités, sans compter que les autres personnes qui postulent sur le même poste que vous vont probablement lister la même chose.

Nous vous recommandons plutôt de personnaliser la rédaction de votre expérience en reprenant les codes du storytelling, c’est-à-dire en montrant une progression. Le schéma narratif global étant « L’entreprise était dans un état A, je suis arrivée et j’ai fait X et Y, et l’entreprise était ensuite dans un état B ».

En mettant en scène votre action, vous allez ainsi démontrer vos compétences, plutôt que simplement les affirmer. En montrant des résultats (la progression vers une nouvelle situation), vous allez prouver que votre action a des conséquences.


Posez le décor et annoncez votre objectif

La première étape pour rédiger une expérience consiste à donner suffisamment de contexte à votre lecteur pour qu’il comprenne la situation l’environnement dans lequel vous avez évolué. Cela donnera du corps à votre expérience et rendra votre travail plus palpable.

Il existe deux types de contexte radicalement opposés, mais qui sont tous deux pertinents pour valoriser votre action : les contextes positifs ou au contraire, les contextes complexes.

Les contextes positifs

Ce sont tous les contextes qui renvoient une image de réussite. Un contexte positif va naturellement valoriser votre profil par effet d’association : si vous étiez dans une entreprise qui rencontrait un fort succès, ce succès va inconsciemment déteindre sur vous dans l’esprit du recruteur.

Les exemples de réussite peuvent être nombreux : des clients prestigieux, un chiffre d’affaire conséquent, une forte croissance, un lancement (de projet, de magasin, d’entreprise), à vous de choisir le plus valorisant !

Les contextes complexes

A l’inverse, les contextes complexes décrivent une situation difficile. Utilisés à bon escient, ils montrent que  vous savez faire face à l’adversité et valorisent d’autant plus vos actions.

Là aussi, les exemples de contexte complexe sont légions : crise économique, licenciement, fusion acquisition, climat social tendu, etc.

Mentionnez les expériences d’encadrement

Toute expérience d’encadrement d’équipe est pertinente à mentionner. Profitez de la description du contexte pour mentionner le nombre de personne que vous avez encadré ou avec lesquelles vous avez travaillé.

Les recruteurs en déduiront automatiquement des qualités de leadership et de communication interpersonnelles qui sont généralement appréciés et augmentent la probabilité d’être pris en entretien.

📚 Pour en savoir plus sur les qualités personnelles, lisez notre article Soft skills : comment les recruteurs lisent votre CV

Votre objectif

Le dernier élément pour que l’introduction de votre expérience soit terminé, c’est le rôle que vous occupiez. Comme tout bon héros, vous avez en effet un objectif. Cet objectif doit encapsuler l’ensemble des projets et actions que vous avez effectué au cours de votre expérience afin de lui donner une cohérence globale.

Cet objectif va aider le recruteur à bien comprendre votre place au sein du contexte plus général de l’entreprise, mais aussi à comprendre comme vous voyez votre métier (en effet, en fonction de la formulation que vous utiliserez, vous donnerez des indices précieux au recruteur).

Exemples de formulation d’introduction

MétierContexte
Préparateur de commandesXG Logistique est une plate-forme logistique, sous-traitant de La Poste et Orange, qui expédie chaque année plus de 3 millions de colis pour le consommateur final. J’avais la charge de deux plate-formes d’expédition (au sein d’une équipe de 3 préparateurs).
Responsable RHLDRH est une association de 3000 salariés oeuvrant pour la défense des personnes handicapées, reconnue d’intérêt public depuis 1957. Ma mission : appliquer la politique RH définie avec la Direction et s’assurer de sa bonne mise en oeuvre.
DéveloppeurSigTech est une agence de R&D en machine learning de 35 salariés qui a notamment travaillé pour Google et Criteo. Au sein d’une équipe de 5 ingénieurs, j’étais chargé de faire les choix techniques et de participer au développement des couches de bas niveau.

☝️ Il n’est pas toujours nécessaire de rédiger un contexte et un objectif aussi explicite.

Les entreprises ou les métiers connus par exemple n’ont pas besoin d’autant de considération. Si vous avez peu de place sur votre CV, vous pouvez aussi être beaucoup plus concis (par exemple en indiquant entre parenthèse les caractéristiques clés de l’entreprise dans le champ « Entreprise » sur DoYouBuzz). Voir un exemple

Rédiger les missions et résultats

Une fois que vous avez décrit le contexte et votre objectif principal, vous allez vous attaquer aux missions et aux résultats, qui vont constituer le corps de votre expérience professionnelle. Grâce à eux, vous allez illustrer vos compétences et vos qualités avec des exemples concrets et chiffrés.

Le recruteur va ainsi beaucoup mieux vous visualiser en train de travailler et il pourra beaucoup plus facilement se projeter avec vous. Ça sera même la base principale de son évaluation. Il est donc important d’apprendre à rédiger cette partie, c’est celle qui aura le plus grand impact sur vos chances d’être pris en entretien.

Pour qu’une mission soit bien comprise, elle doit comporter trois éléments : un point de départ, une description des vos actions, et surtout des résultats.

Cette découpage n’est pas anodin car il s’agit des éléments constitutifs d’une histoire. Or, les codes de la narration sont très ancrés culturellement, et une histoire bien ficelée marquera son auditoire (plus en tout cas, qu’une liste d’actions listée de manière désordonnée).

Trois questions pour raconter une mission

Pour s’entraîner à formuler une mission en reprenant les codes de la narration, nous vous proposons un petit exercice. Le but n’est pas de formuler tout de suite votre expérience, mais de vous donner de la matière que vous pourrez ensuite utiliser pour rédiger votre mission proprement dite.

Pour commencer, nous vous recommandons de vous remettre en mémoire une mission que vous avez effectué par le passé. Prenez ensuite une feuille de papier (ou bien ouvrez un document word) et répondez à ces trois questions :

  • Quel était le contexte de départ, les difficultés, et l’objectif ?
  • Qu’avez-vous mis en oeuvre pour passer de la situation initiale à la situation désirée ? Autrement dit, qu’avez-vous fait pour surmonter les difficultés et atteindre l’objectif ?
  • Quelle est la situation finale, et quels en sont les résultats ? Autrement dit, quelles sont TOUTES les conséquences positives pour vous, le projet, l’entreprise, les équipes, les clients, etc. ?

Prenez le temps de bien développer vos réponses, il s’agit pour le moment d’un exercice, pas de la formulation finale, vous avez donc tout l’espace que vous souhaitez !

Voici un exemple pour une responsable RH :

Point de départContexte de recrutement pénurique (beaucoup d’offres d’emploi, peu de candidats). Equipes en sous-effectif (conséquence : surcharges, retard client, burn-outs). La concurrence nous piquait des salariés. Objectif : fidéliser les salariés existants.
ActionsRevalorisation de la politique salariale sans surcoût pour l’entreprise (les augmentations de salaire on été amortie par la baisse des coûts de recrutement). Organisation de discussions avec les équipes. Politique de formation intensive. Changement des conditions de travail (aménagement bureaux, horaires aménagés, flexibilité sur les prises de congés)
RésultatsBaisse du turnover de 20% en deux ans. Baisse des besoins en recrutements. Moins d’équipe en sous-effectif.

Formulation d’une mission

Une fois que vous aurez répondu à ces questions, il vous restera encore à assembler ces différents éléments de la manière la plus efficace possible pour l’indiquer sur votre CV. Attention, vous ne pourrez pas tout dire, alors choisissez les éléments les plus valorisants ou les plus pertinents pour le poste ou l’entreprise que vous visez.

Voici quelques exemples de formulation possibles (au final, bien sûr) une seule formulation sera choisie sur le CV en fonction de la place disponible et des arguments que l’on souhaite mettre en avant :

  • Fidélisation salariés dans un contexte de recrutement pénurique : baisse de -20% du turnover en 2 ans grâce à un dialogue social et une nouvelle politique salariale. Conséquence : moins d’équipes en sous-effectif et meilleure satisfaction client.
  • Fidélisation salariés : baisse de -20% du turnover en 2 ans et baisse du nombre d’équipe en sous-effectifs.
  • Baisse de -20% du turnover grâce à une revalorisation de la politique salariale (sans surcoût pour l’entreprise) et la mise en place de plans de formation. 
  • Revalorisation de la politique salariale et +30% de formation des équipes sans aucun surcoût pour l’entreprise. Résultat : baisse du turnover de 20%.

Nous vous recommandons de commencer soit par l’objectif de la mission (« Fidélisation salariés »), soit par un résultat (« Baisse de -20% du turnover ») — c’est à dire les contenus qui intéresseront le plus votre lecteur.

Etant donné que les recruteurs scannent un CV plus qu’ils ne le lisent, si vous commencez par un contenu qui les intéresse, ils auront plus de chance d’être accroché.

Effectuez la même opération pour les 3 ou 4 autres missions principales que vous souhaitez décrire pour le poste, et vous aurez de sérieux arguments en votre faveur ! (un petit rappel au passage : ne choisissez pas les missions au hasard, mais celles qui correspondent à ce que recherche l’entreprise).

Bonus : et s’il n’y a pas eu de changement ?

Une objection que l’on retrouve parfois à propos des résultats : les résultats sont souvent plus faciles à trouver quand votre action a entraîné un changement dans l’activité de l’entreprise (par exemple une augmentation ou une baisse des délais, du chiffre d’affaire, de la fréquentation, comme on l’a vu plus haut). 

Mais comment faire s’il n’y a pas eu de changement, si vous avez tout simplement « fait votre boulot » ?

Dans ce cas là, vous pouvez essayer de voir les choses de la manière suivante : vous aviez un certain standard de qualité à maintenir (par exemple vous assurez que les payes étaient versés le 29 du mois). L’avez-vous maintenu ? Si oui, alors vous avez un résultat à mettre en avant.

Résultat final

Voici un exemple d’expérience rédigée en reprenant les codes du storytelling : la première puce mentionne l’objectif global du poste, et les suivantes les missions qui correspondent au besoin du poste ciblé.

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