Confinement et nouveaux réflexes de solidarité au travail

Alors que la sortie du confinement portait pour beaucoup l’espoir d’une normalité retrouvée, l’horizon de la crise économique nous pousse à rester sur nos gardes. Cette ambivalence se retrouve aussi dans les perspectives plus larges d’un nouveau pas vers l’égalité aux Etats-Unis comme en France qui se mêle à la violence des images de répression et au spectre d’un autoritarisme à venir.

Les plaques tectoniques de nos aspirations collectives s’entrechoquent, c’est un moment de frictions et d’incertitudes, mais aussi de possibilités.

Parmi les points positifs, la crise du COVID-19 nous a amené à nous réinterroger de manière plutôt salutaire sur le travail, sa valeur et ses modalités. Le télétravail, bien que contraint par une situation exceptionnelle, a montré que les entreprises pouvaient s’adapter aux situations de vie des salariés (on l’appelait de nos voeux il y a 3 ans dans notre article Equilibre travail / vie perso : l’entreprise aussi doit changer ses valeurs), et il semble que beaucoup d’entre elles soient prêtes à pérenniser ce mode de fonctionnement. 

Attention cependant : comme nous le rappellent certaines situations où le télétravail a été mal vécu, ce n’est pas une décision autoritaire et quelques outils qui suffiront pour que les entreprises qui le souhaitent basculent du « bon côté du télétravail » — c’est aussi une culture du management à la française qui est à revoir, comme l’analyse la sociologue Daniele Linhart.

La crise nous a aussi permis de nous interroger sur la valeur du travail lui-même. Si la figure de l’entrepreneur avait le vent en poupe avant la crise, un nouveau visage (masqué) est revenu sur le devant de la scène, celui du « travailleur essentiel », qui nourrit et soigne les autres.

Une solidarité nouvelle s’était emparée du pays pendant quelques semaines autour de ces héros pros du quotidien. Va-t-on retourner aussi rapidement qu’on y est venu à une forme de business as usual, avec des clients râleurs et pressés de passer à autre chose ?

L’anthropologue David Graeber, qui nous parlait des travailleurs essentiels depuis de nombreuses années en creux de son concept de Bullshit Jobs, parle aujourd’hui d’une bullshit economy pour se demander s’il ne faut pas lui trouver une nouvelle définition :

Si l’économie peut avoir un sens réel et tangible, ce doit être celui-ci : les moyens grâce auxquels les êtres humains pourront prendre soin les uns des autres, et rester vivants, dans tous les sens du terme.

David Graeber, Vers une «bullshit economy», Liberation, 27 mai 2020

Pour le moment, à défaut de changer radicalement les rapports entre les salariés, dirigeants et les clients, on peut souhaiter que la mémoire de ce confinement nous aura donné quelques nouveaux réflexes de solidarité et d’appréciation mutuelle.

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Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

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