Le Blog de DoYouBuzz

Articles taggés avec ‘graphe social’

Le jour où les machines nous ont appris à gérer nos amis

Par Jérémie - le 28 March 2008

Avant, on ne se posait pas de questions : on avait des amis, et si on les aimait bien, on les contactait régulièrement par courrier, ou par téléphone… ou bien on allait boire un verre ensemble.

Et puis on a commencé à voir débarquer l'e-mail, qui a permis de se laisser des nouvelles rapidement et de manière moins intrusive qu'un coup de fil. Puis il y a eu la grosse montée en puissance du SMS, un canal souple, rapide, et mobile. Et puis tout le monde a commencé à se mettre sur MSN, où deux types de communication ont émergé : la communication "interpersonnelle", et la communication par statut. Depuis 2007, Facebook a rajouté une couche à tout ça, via les walls, les statuts, la messagerie, et toutes les petits applications stupides qui établissent du lien.

En bref, on pourrait résumer cette évolution par :

  • 1900 : courrier + bistrot
  • 1960 : courrier + bistrot + téléphone
  • 2008 : courrier + bistrot + téléphone + SMS + (e-mail + MSN + facebook + twitter)

Résultat : cette multiplication des canaux et des formes de communication amène une multiplication… des amis ! Et nous autres humains, nous sommes plutôt limités : notre génome n'a pas eu le temps de s'adapter et de nous offrir les outils pour gérer tout ce nouveau capital social. Alors, comme d'hab' depuis le début de l'humanité, on invente des outils pour compenser nos limites. Des outils pour gérer nos amis.

Xobni, SkyDeck, Atlas. Voici trois ce ces outils, qui ont tous pour objectifs de mieux gérer ses contacts.

Sur SkyDeck, par exemple, on peut voir combien de temps on a passé au téléphone avec un contact, combien de SMS on lui a envoyé, qui appelle le plus souvent l'autre, etc. (attention, si la petite jauge est à fond sur la gauche, c'est que vous êtes un peu lourd) :

image

Sur Xobni, on peut voir à quelle heure vos contacts envoient des e-mails, le temps moyen que vous mettez à répondre à un courrier, à traiter une tache, etc.

image

Sur le composant MyNet du logiciel Atlas d'IBM, on peut voir son cercle de relation et la proximité que l'on a avec les différentes personnes de son réseau : si l'avatar d'un contact commence à s'éloigner du cercle, alors il faut vite le recontacter pour le ramener au centre, sinon on risque de le perdre ! (une représentation très visuelle de ce qui se passe in real life).

image

Mais pour aller jusqu'au bout de la logique, il manque aujourd'hui un outil qui intègre tous les moyens de communication. Pour le moment, Xobni se limite à la boîte mail (Xobni = Inbox en verlan), SkyDeck se concentre sur le téléphone (il analyse les factures téléphoniques, plutôt futée comme idée), tandis que le composant MyNet d'Atlas se base sur le mail et la messagerie instantanée. Ce qu'il faudrait maintenant, c'est un outil capable de fusionner le mail, msn, facebook, les sms, twitter… Et il n'y a pas vraiment de frein technique pour réaliser ce genre d'outil.

Reste le problème de la rencontre physique, la plus importante des interactions, mais aussi la plus difficile à détecter (automatiquement, j'entends). Si on oublie la rencontre physique, le graphe est complètement faussée. Je peux en effet passer énormément de temps avec une personne sans pour autant lui laisser beaucoup de messages ou beaucoup de mail (on se voit tous les jours, quel intérêt de s'écrire ?). Mon graphe serait donc capable de croire que je suis "loin" de cette personne alors qu'en réalité j'en suis très proche.

Comment retranscrire la rencontre physique et l'intégrer dans l'outil ? Par le mobile, évidemment ! Quand je suis proche d'un ami, mon mobile peut le savoir, et retransmettre cette information à mon outil de graphe social. Seule problème : pour ceux qui ont vu Terminator, l'idée de laisser les machines communiquer entre elles est un peu flippante…

La guerre du graphe social

Par Jérémie - le 6 January 2008

L'histoire a fait le tour de la blogosphère : Robert Scoble, le célèbre blogueur, s'est vu supprimer son compte Facebook en allant récupérer automatiquement les données de ses contacts (toute l'affaire sur Techcrunch FR).

Ce qui est intéressant, dans cette histoire, c'est la sévérité de la sanction de Facebook : une suppression pure et simple de toute les données d'un utilisateur. Pourquoi être aussi sévère ? Car l'enjeu est énorme ! Il s'agit de préserver des informations ultra sensibles. Ces connections entre les utilisateurs, ce qu'on appelle le graphe social, c'est un peu le trésor de guerre de Facebook, ce qui fait toute la valeur du réseau — même si pour le moment, on ne sait toujours pas si la valeur de ces données est élevée, ou très faible (en d'autres termes, on ne sait pas si les données sont vraiment exploitables, pour la publicité, notamment — c'était d'ailleurs la position de Tariq Krim quand la question a été soulevée au Web3).

opensocial-microformats

Open Social Vs. Microformats

Cette première polémique de l'année annonce probablement l'un des grands combats de 2008, celui de l'ouvertue du graphe social. Comme le disait Tim Berners-Lee dans son dernier billet, ce ne sont pas les sites de réseaux sociaux qui sont intéressants, c'est le Réseau Social en lui-même, le Social Graph. Si 2007 a été l'année des réseaux sociaux, 2008 sera-t-elle celle du graphe ? Un graphe ouvert, qui ne serait plus cloisonnés dans de multiples réseaux ? Il est peut être un peu tôt pour cela, mais on observera probablement les premiers mouvements à ce sujet.

Les mouvements autour du graphe social

Avec le lancement d'OpenSocial, Google a pris le problème de l'ouverture des données à bras le corps… mais à moitié seulement. Car si leur système permet d'échanger des données, rien ne dit que les réseaux accepteront de les partager. Autre problème : OpenSocial est un réseau propriétaire, qui permettra à Google d'accéder aux informations "sociales" auxquels ses GoogleBots n'ont pas accès. Un coup de maître stratégique, qui pose cependant un gros problème : ce sont les réseaux sociaux qui décideront de l'ouverture de leurs données, pas les utilisateurs — alors qu'en toute logique, ce devraient être aux utilisateurs de décider quelles données ils veulent pouvoir distribuer facilement, et ouvertement.

Actuellement, tout le monde passe par des sites de réseaux sociaux pour déposer ses informations et décrire ses interactions sociales. Ces sites sont les propriétaires des données, et bien sûr — comme nous l'a montré l'exemple de Facebook / Scoble — aucun site ne souhaitera les partager, car elles seront trop stratégiques, elles auront été acquises avec beaucoup trop de difficulté pour être diffusées ouvertement. On aura donc une grappe de réseaux où l'information sera dupliquée, mal synchronisée (c'est déjà le cas aujourd'hui). Finalement, cette information perda de sa valeur, car elle ne sera plus actualisé, et les utilisateurs, de leur côté, en auront assez de se répéter sans cesse, d'inviter leurs amis, d'épuiser leur capital social pour tester des nouveaux services.

On arrivera donc à un point où le seule remède sera d'ouvrir les données. Mais quand on y arrivera enfin, on aura perdu beaucoup de temps, et Google aura réussi à devenir le propriétaire des données personnelles de tout le monde.

Le vrai graphe social : les données mises à nue

Au final, on se rend bien compte qu'il y a quelque chose qui cloche : pourquoi laisser une société devenir propriétaire des mes données ? Pourquoi ne serait-ce pas moi, en tant qu'utilisateur, qui les posséderait ? Et si j'avais plutôt à ma disposition une carte d'identité sociale, une carte d'identité de tout ce qui me définit, personnellement et socialement ? Et que je choisissais d'en diffuser tout ou partie à différents services… ça simplifierait pas mal les choses, non ? Pas d'API, mais des données mises à nue !

C'est justement l'objet du web sémantique, des microformats, du mouvement dataPortability (que Scoble a rejoint après son aventure Facebookienne) et du — Bill of Rights for Users of the Social Web.

L'identité numérique 2.0 : maîtriser son graphe social

Le plus surprenant dans tout ça, quand on voit le bruit qu'a fait OpenSocial, c'est de voir que cette carte d'identité numérique existe depuis longtemps ! Le vocabulaire FOAF (Friend of A Friend) permet de se décrire et de décrire ses interactions d'une manière structurée, normalisée, et donc compréhensible par tout logiciel… et donc tout réseau social. Le langage APML, lui, permet de décrire ses goûts (explication détaillée ici), tout en maîtrisant la divulgation des informations.

Alors… quand l'utilisateur sera-t-il enfin maître de ses données ? Après les déboires de Facebook avec son projet Beacon et la question grandissante de la confidentialité des données, est-ce complètement illusoire de penser que chacun pourra maîtriser son identité numérique, non seulement en maîtrisant son name-googling (ça c'est presque facile) mais aussi, à l'avenir, en maîtrisant son graphe social (et ça, c'est plus dur) ?