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CV en ligne, identité numérique, personal branding

Jouer en ligne : nouvelle façon de se démarquer ?

Par jsouchet - le 10/02/2009

illustration-article-mmo-31A l'heure où tous les acteurs du web s'interrogent sur la construction de l'identité numérique et de la marque personnelle, nous nous sommes demandés si les activités vidéosludiques pouvaient être un atout pour mettre en avant des compétences que l'on ne s'imaginait pas.

Passer des heures sur un jeu en ligne pourrait-il à l'avenir permettre de se démarquer auprès des recruteurs ?

En décembre 2008, GameInSociety livrait une analogie entre le travail en entreprise et le jeu en citant Durkheim, qui écrivait dans ses Leçons de sociologie (1950) : " le travail est une instance de socialisation centrale dans le système social, dans la mesure où elle permet l'apprentissage du groupe, de ses normes, et le respect de la morale. "

Selon GameInSociety, le travail et le jeu en ligne possèdent de ce point de vue un certain nombre de similitudes. Le jeu sur Internet requiert lui aussi une intégration dans le groupe, selon un certain nombre de règles parfois implicites propres à la vie en société (respect des normes, de la morale…). Il existe une hiérarchie qu'il faut respecter, des ordres qu'il faut suivre… Seule différence : la structure sociale, tout comme les objectifs du groupe.

Cependant, une socialisation dans les jeux vidéos est souvent perçue de manière négative. Les médias ont tendance à véhiculer une image dégradante du jeu en ligne (voir par exemple ce reportage de France 2), et quelques cas particuliers de candidats refoulés pour avoir avoué pratiquer leur passion ont mis en exergue un profond malaise entre le monde du jeu et celui travail.

“J'espère que les mentalités évolueront”

Pour mieux appréhender cette incompréhension entre monde du travail et monde du jeu en ligne, nous avons interrogé Amilia, passionné de World of Warcraft et maître de la guilde Millenium. Dans ce jeu qui rassemble près de 11 millions de joueurs à travers le monde, Amilia est un meneur d'hommes, il organise des sorties en groupe pouvant atteindre 25 ou 40 personnes. Ces sorties consistent à mener des opérations en équipe comme l'attaque d'un territoire ennemi, l'invasion d'un donjon ou le combat en arène contre une faction adverse. Amilia est aussi responsable d'une guilde, une sorte de micro-communauté dans laquelle les joueurs échangent des informations et se donnent des coups de main.

Dans la vie, Amilia est ingénieur d'étude et développement dans le domaine de l'informatique financier. Il s'interroge sur le fait de ne pas pouvoir exprimer sans a priori ce qu'il a appris grâce à son expérience dans le jeu : “J'espère que les mentalités évolueront et que le fait de gérer une équipe de 25 ou 40 joueurs ne soit pas vu indéfiniment comme un manque de sérieux de la part d'un recruteur. Ces derniers, de part leur manque de culture sur ce sujet, ne se rendent pas compte des similitudes avec le monde de l'entreprise, surtout en terme de management.”

“Le fait que le jeu vidéo ne soit pas encore bien perçu des médias, qui souvent “diabolisent” les joueurs, ne joue pas en notre faveur”, conclut-il.

Alors, que faire si un recruteur vous interroge ?

Dans un contexte difficile pour l'image du jeu vidéo, comment devez-vous réagir si un recruteur vous demande quelles sont vos passions ? Ou s'il vous demande des précisions sur la mention “Jeu en ligne” que vous avez inscrite sur votre CV ?

La législation française protège la vie privée des candidats. En effet, selon l'article L. 1221-6 du Code du travail : “les informations demandées, sous quelque forme que ce soit, au candidat à un emploi ne peuvent avoir comme finalité que d'apprécier sa capacité à occuper l'emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles. Ces informations doivent présenter un lien direct et nécessaire avec l'emploi proposé ou avec l'évaluation des aptitudes professionnelles.”

Vous êtes donc parfaitement en droit d'éluder une question si vous sentez qu'elle ne concerne pas le recruteur. A l'inverse cependant, si vous sentez que les choses se passent bien, vous pouvez aussi bien mettre en avant cette expérience et utiliser la pratique du jeu vidéo comme " argument de vente ". Quand on l'interroge à ce sujet, Amilia suggère plusieurs arguments et considère que son expérience l'a notamment amené à :

- imposer le respect entre les joueurs et vis à vis du leader du groupe
- gérer des conflits
- motiver son équipe
- être amené à prendre des décisions rapidement

Un dernier petit conseil : la manière dont vous abordez le sujet est particulièrement importante. S'il est bien souvent conseillé de rester authentique, il faut aussi montrer que l'on n'est pas un “drogué du virtuel”. A titre d'exemple, n'hésitez pas à parler de votre passion pour les jeux vidéos en complément de votre implication dans une association, un groupe de musique ou tout autre activité extra-professionnelle présentant un intérêt.

Et vous, lecteurs, qu'en pensez-vous ?

Le but de cet article est avant tout d'ouvrir le débat ou en tout cas d'amener la réflexion. Le jeu vidéo fait aujourd'hui partie de notre univers culturel et ludique (le marché du jeu vidéo a même dépassé celui de la vidéo en 2008). Les nouveaux candidats entrant dans le monde du travail sont tous des “digital natives” ce qui va bouleverser les façons de recruter dans les années à venir.

- Faut-il afficher sa “vie” vidéoludique sur son CV ?
- Qu'en pensent les recruteurs ? Est-ce vraiment un plus pour certains postes ?
- Peut-on construire sa marque personnelle autour de ces compétences avec un coach ?

  • En fait Mathieu, c'est sur le point que tu évoques qu'il faut être précis et pas généraliste.

    Un gars qui a sur son cv :
    - un cursus universitaire (bac +5) classique
    - des XP en stage
    - 0 activités extra-scolaire
    - 600h de jeu à son actif , chef de guilde etc...

    Oui ce gars là, je suis pas sure que ca va etre un + pour lui de jouer. Là il se classe vraiment en geek. Il a un parcours classique, scolaire, stage point. Ce gars tu te dis qu'il va peut etre pas se lever le matin, qu'il va geeker sur ses fofo de joueurs la journée au taf etc...

    Un gars qui a le même profil avec en plus des activités extra-scolaires telles que le sport, des engagements associatifs, etc + du jeu et de la gestion à distance... Bien, perso, ce gars il m'intéresserait.

    Je sais pas si je suis claire... lol mais bon...
  • J'étais parti pour débattre de la question, mais j'ai plus envie quand je songe au mot "débat" et aux dérives que cela peut engendrer surtout sur un tel sujet, tu me pardonneras donc Julien, mais je ne rebondirai que sur le commentaire de Léonard.

    Léo (commentaire 335) parlait des qualités développées en jeu par certains joueurs, notamment ceux qui mènent des groupes de 25 voire 40 joueurs. Je suis d'accord, en partie, puisque j'estime que le succès de ces sorties repose avant tout sur une grande discipline de part des membres qui composent le groupe. Et combien de gens j'ai croisé, durant mes années de travail au cyber, qui confondaient les réalités. Etre capable de faire une chose dans le jeu ne signifie pas pouvoir faire de même "en vrai". Les responsabilités sont différentes, les gens aussi, les enjeux ne sont en aucun cas les mêmes dans un travail.

    Dommage qu'il ne soit pas possible d'avoir des chiffres quant aux nombres de gens embauchés qui débarquent avec un CV devant un recruteur lui affirmant pouvoir mener une équipe car, dans le jeu, "ils savent le faire". Je paierais presque pour ça, histoire de m'en payer une bonne tranche.

    Cela dit, il y a des boulots où ça marche de dire qu'on joue, mais ça reste limité. Les recruteurs ont confiance en des valeurs sûres, qui ont fait leur preuves. Le candidat qui se pointe avec un cursus et une expérience qui ne permettent pas de se démarquer des autres aura beaucoup de mal à mettre en avant un argumentaire qualitatif basé sur son expérience de jeu en ligne.

    Il y a du pour, du contre, je préfère me placer au milieu. C'est facile, mais c'est vraiment du cas par cas.
  • Organiser des raids à 40 (20 maintenant) est effectivement un exploit, surtout lorsque le tank est occupé a Forgefer et qu'au dernier moment, alors que tout le monde est réuni devant l'instance, quelques joueurs en profitent pour s'éclipser.

    C'est vrai qu'en France, le discours est assez alarmiste. Les jeux vidéos ne sont pas aimés. Ce sont des images et pour l'intelligentia de notre pays, qui reste très structuraliste, c'est un péché mortel. Et puis, il y a toujours cette suspicion de pathologie : le joueur est un drogué qui s'ignore. Nous mettrons quelques temps a sortir de cette ornière mais nous finirons bien par y arriver. Par exemple, qu'une personne puisse passer des heures sur du "serious gaming" n'est pas le signe d'un désordre psychologique, mais d'un intérêt qu'il faut soutenir. Bien évidement, le fait que le marché du serious gamins décolle n'entre pas en ligne de compte.

    Cela dit, bien gérer une guilde ne signifiera pas que l'on gérera bien une équipe. Dans une guilde, les roles et les fonctions sont clairement définies. On attend du tank qu'il tanke. Point. Dans une équipe, les choses peuvent être plus flottantes, et il n'y a pas de /kick ou /mute

    Enfin, les entretiens d'embauche sont truqués de A à Z. Je veux dire que beaucoup de choses se jouent à l'estimation. Personne ne sait correler un profil avec une bonne intégration dans une équipe, alors que l'on sait que c'est ce point là qui fera la différence sur le terrain.
  • J'en parle surtout dans la conclusion en fait, dans le sens où j'ai surtout posé beaucoup de bases dans le mémoire.
    J'ai aussi fait une étude sur un panel de gens :-)

    Voilà, c'est un mémoire qui aurait demandé encore des mois de travail pour pouvoir faire quelque chose de vraiment solide !

    Il est ce qu'il est :-p
  • Merci pour vos commentaires. il est vrai que le sujet suscite de nombreuses interrogations quant aux changements de comportement des plus récalcitrants. Seul le temps nous dira, si jouer est définitivement considéré comme une marginalité, voire une déviance. Personnellement je pense que l'on n'a pas fini d'être étonné des changements dans les années à venir.

    @Chibi : mémoire downloadé, je suis très intéressé par ton angle, je m'y plongerait pendant mon temps libre.
  • En fait, je trouve assez amusant de lire cet article, puisque j'ai fait mon mémoire de fin d'année vu que j'étais intimement convaincue de ce fait.
    On le retrouve surtout dans la synthèse de fin si ça vous intéresse : http://www.ukintch.fr/2008/12/les-jeux-video-un-atout-dans-la-reussite-sociale-et-un-apport-de-bien-etre/

    Mais je suis entièrement d'accord sur le fait que l'on apprend le management, à gérer des personnalités différentes et avec des contraintes parfois plus difficiles qu'en entreprise, vu que physiquement, les personnes ne sont pas là.

    Suis ouverte pour en parler un peu plus :-)
  • Léonard Bignon
    Sujet passionnant!!

    Etant moi-même joueur, quel ne fût pas le dilemme d'inscrire dans la case "Autres activités" ou "Hobbies" de son CV la mention "Jeu Video". Le MMORPG (Massive Multiplayers Online Role Playing Game), dont fait parti World of Warcraft en est une parfaite illustration.Je souhaitrai avant tout poser mon cadre ( je reconnais un peu hors sujet mais qui justifie ma réponse quelques lignes plus bas).

    Je suis également en accord avec Amilia et j'en témoigne de mon expérience propre et personnelle, les médias à force de vouloir dénigrer la force videoludique du jeu vidéo dans son ensemble ne permet pas à un recruteur de pouvoir être ouvert sur la pratique de ce loisir (que je revendique comme tel). Je pense même que cela va plus loin. N'y aurait-il pas une hypocrisie de la société dans son ensemble? A force de le diaboliser, le jeu vidéo et , dans ce cas précis le MMORPG , l'opinion se porte à croire que jouer s'apparente à un besoin psychologique dû à un manque de relationnel ou d'un rejet d'une société qui n'arrive pas à intégrer un joueur, ou tout du moins c'est ce que tente de faire croire les médias si l'on en juge par ce "merveilleux" reportage de France 2. Nous conviendrons tous que nous sommes des joueurs en puissance et notamment grâce aux consoles NextGen (NDR: Nouvelle Génération) telle que la Wii qui remporte un franc sucès. Qui n'a pas passé un week-en, une soirée, chez des amis où de la famille sans jouer à Wii Sport ou autres label développés par la console?Entre amis et collègue on se dit ravit d'y avoir jouer en revanche on ne s'en vente pas plus que ça quand les médias "balancent".

    Je voudrais juste poser une question: Comment-est il alors possible pour un recruteur de ne pas appréhender la notion "Jeu Vidéo" sur un CV ou alors, l'interpréter comme une pathologie sociale voir psychologique d'un individu difficilement sociable rencontrant des problèmes d'intégrations?
    Je crois juste que le notion de jouer pour le plaisir existe mais la n'est le débat (la porte est ouverte pour un autre article très cher ^_^ )

    Pour en revenir au sujet, à niveau de connaissance égale, de qualités de jeu égales et de passion pour le jeu égale, je met quiconque au défi d'organiser une sortie de groupe de 25 personnes voir 40 sur World of Warcraft si celui-ci ne l'a jamais fait. Et comme toutes activités, cela nécessite des compétences:
    -Organisation
    -Recrutement
    -Méthodologie
    -Management
    Toutes ces qualités se retrouvent pour un emploi.

    Pour l'aborder avec le recruteur, je pense comme vous Mathieu qu'il faut savoir "Tourner la chose". Si vous sentez une ouverture, ou bien un lien évident avec ce qu'est en train d'avancer le recruteur et bien je pense que vous pouvez tenter votre chance. Mais attention, le faire avec prudence en mettant évidemment en avant les qualités synéquanones entre le jeu et le poste (merci de ne pas employer le langage technique de votre jeu favori...amateur du WoWien deuxième langue s'abstenir...) mais également en souligant par votre ton la passion l'engoûment et le challenge qui s'assimile au poste pour lequel vous postulez.

    Bon courage à tous!
  • Matthieu Leroux
    Pour ce qui est du fond, je suis globalement d'accord avec Amilia dans le sens où le parti pris des médias peut avoir un impact négatif sur l'image perçue par les supérieurs.

    Mais comme c'est dit dans le billet, je pense que ça dépend au moins à 50% de la façon dont on présente le sujet. Si des décisionnaires en ressources humaines sont influencés par les points de vue développés par les grands médias (ça pique dans le dos de parler de "point de vue" pour des acteurs censés être objectifs... :/), alors ils peuvent être influencés par le discours enthousiaste qu'aura tendance à tenir le candidat.
    Je crois que si, dans la théorie, il est utile de pouvoir se retrancher derrière un droit de confidentialité par rapport à ce type d'information, il est d'autant plus utile d'exploiter la relative ignorance de l'interlocuteur. Avec les bons mots, je pense qu'on peut vraiment tourner à son avantage ce genre de distinction.
    Le ton avec lequel on aborde le sujet est selon moi primordial pour transformer une simple information en un point fort de son profil. Si on projette l'image d'une personne embarrassée par un point qui semble lui faire honte, on a tendance à voir ce loisir comme quelque chose de négatif. A l'inverse, avec de l'entrain on montre que c'est une activité enrichissante, sur laquelle on peut rebondir pour mettre en avant sa capacité à travailler en équipe.
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